18avr/140

L’édito d’Yves Gassot

Neutralité du Net : d'un extrême à l'autre ou le grand écart transatlantique

GASSOT Yves

Yves Gassot Directeur Général, IDATE

 

 

 

Faut-il prendre des dispositions légales (et lesquelles) pour éviter que les opérateurs d'accès (FAI) se transforment en goalkeepers et mettent en cause l'Open Internet ?

La question ne paraît pas épuisée et a donné lieu récemment à une actualité totalement opposée de part et d'autre de l'Atlantique.

Côté États-Unis, la nouvelle donne est double. D'abord la décision en appel d'une cour de Washington qui remet très largement en cause les principes émis par la FCC. Une nouvelle fois, les juges trouvent que les dispositions de la FCC interdisant aux opérateurs de bloquer l'accès aux sites autorisés ou de freiner les accès quand ils considèrent que les usages nuisent au fonctionnement du réseau, ne sont pas légalement fondées. S'ils ne contestent pas le pouvoir de régulation de la FCC sur l'Internet (et ont admis la légalité des obligations de transparence dans la fourniture des informations commerciales aux consommateurs), ils considèrent que l'agence fédérale ne peut guère aller au-delà dès lors que les services des FAI ne sont pas régis par les principes du common carriage (propres aux services de télécommunications et qui induisent l'absence de discrimination).

Rappelons que les câblo-opérateurs ont toujours refusé le common charriage, y compris quand ils ont commencé à fournir des accès à haut débit par câble-modem. La FCC n'a pas voulu introduire une asymétrie lorsque les telcos ont ouvert des accès ADSL et ont confirmé qu'il s'agissait bien là de "services d'information". Même si elle le souhaitait, la FCC aurait aujourd'hui peu de chance de pouvoir obtenir du Congrès un changement sur ce point. En revanche, elle dispose d'un certain pouvoir quand elle est amenée à imposer des remèdes comme conditions d'une fusion (disposition qu'elle a déjà utilisée vis-à-vis de Comcast lors de l'acquisition de NBC).

C'est justement l'occasion d'évoquer l'autre actualité d'outre-Atlantique : l'accord d'interconnexion intervenu entre Comcast et Netflix. Le service de SVOD, qui représenterait un quart du trafic du Web aux heures de pointe, a toujours refusé jusqu'alors de négocier des accords de paid-peering avec les telcos ou les câblo-opérateurs. Il préférait recourir aux services d'un opérateur de transit en charge de son CDN et de la gestion des points de livraison avec les FAI. D'où la surprise de cet accord, sans que l'on sache précisément (l'accord étant commercial) le montant que Netflix accepte de payer et le sens qu'il faut lui donner. Certains veulent y voir les résultats de décision de la cour de Washington, qui a de fait supprimé toute régulation au titre de la neutralité du Net. En fait, les accords d'interconnexion n'ont jamais fait partie des principes de la FCC. Il reste que l'on pourrait y voir le résultat d'un rapport de force que le N°1 des FAI aux États-Unis a su imposer à Netflix. Mais on pourrait aussi découvrir un accord plutôt avantageux pour ce dernier, qui lui évite de passer par un opérateur de transit et améliore la qualité d'accès à ses programmes. Certains commentateurs avancent que la fusion annoncée de Comcast et de Time Warner Cable, en cours d'examen par les autorités, pourrait avoir poussé le géant du câble à faire la preuve de sa capacité à s'entendre avec un grand fournisseur de services.

Que va-t-il maintenant se passer ? Il n'y a pas que Comcast du côté des FAI, et l'on attend les accords qui pourraient être négociés par Netflix avec les deux autres poids lourds du marché : AT&T et Verizon. Et il n'y pas que Netflix du côté des fournisseurs de contenus. Il faut notamment prendre en compte, outre les services des FAI, la concurrence qui se développe entre les différents fournisseurs de boxes (Roku, Amazon Fire TV, Chromecast, Apple TV…) et de boutiques vidéo-jeux-musique qui combinent leurs propres contenus et le référencement de services tiers. Quelques jours après l'accord Comcast - Netflix, on apprenait qu'Apple négocierait avec le même Comcast pour disposer d'une bande passante garantie pour la fourniture de son propre service de VOD…

De ce côté de l'Atlantique, la nouvelle donne est venue du vote du Parlement européen. S'étant saisi du rapport de Mme. Kroes présenté en septembre dernier, il a pris le parti de considérablement renforcer la législation européenne en matière de neutralité du Net. Plutôt qu'à s'en tenir à un texte équilibré donnant le pouvoir aux NRA de s'opposer aux pratiques discriminantes des FAI entre les fournisseurs de contenus et d'applications, il a adopté une définition de la neutralité du Net que l'on pensait réserver aux ultras : "“Net neutrality” means the principle according to which all internet traffic is treated equally, without discrimination, restriction or interference, independently of its sender, recipient, type, content, device, service or application" (amendement 234, retenu). Dans ces conditions, les capacités de différenciation des offres d'accès et de valorisation des performances associées aux investissements dans le très haut débit fixe et mobile (1) sont condamnées d'avance.

Certes, il est probable que le Conseil Européen demandera une modification du texte avant qu'il soit force de loi. Mais il est curieux de voir comment le rapport Kroes qui était censé se focaliser sur les incitations à l'investissement débouche sur cette proposition.

Et étonnant de voir le sujet au même moment s'orienter de part et d'autre de l'Atlantique sur des positions extrêmes et opposées !

Yves GASSOT

(1) Rappelons en outre qu'une différence fondamentale entre les principes de la NN tels que les avaient définis la FCC et l'Europe réside dans l'inclusion des mobiles de ce côté-ci de l'Atlantique.
15avr/140

Contenus premium : Sport, cinéma, fiction TV

Florence Le Borgne-Bachschmidt

 

Florence Le Borgne
Responsable de la Practice TV & Contenus numériques

 

Quelles perspectives pour une distribution "tout OTT" ?

L’IDATE vient de publier un rapport sur les barrières réglementaires, stratégiques et d’usage, liées à la distribution exclusive de contenus premium en OTT. L’occasion pour les analystes de l’IDATE de s’interroger sur les stratégies mises en oeuvre par les détenteurs de droits de contenus premium réputés fortement attractifs sur Internet aux États-Unis et dans les cinq pays européens majeurs.

Peu de contenus audiovisuels peuvent se prévaloir de l’appellation premium. Seuls la fiction (films et séries TV récents) et certains événements sportifs réunissent les conditions nécessaires pour bénéficier de ce qualificatif : une forte attractivité, une certaine rareté et la capacité à faire payer les consommateurs.

Diffusés par un nombre restreint d’éditeurs (l’importance des droits et la relative rareté des contenus premium limitant naturellement le nombre des candidats possibles), les contenus premium sont détenus par une grande variété d’acteurs. Le découpage fin des droits (par territoire, dans le temps, entre supports) vise à maximiser la valeur potentielle du contenu et par conséquent les recettes générées par les ayants droit. Si la télévision contribue assez largement aux revenus générés par les studios de cinéma et les ligues sportives (de l’ordre de 20 % en moyenne), le poids de la télévision varie significativement selon les pays et les mécanismes de financement mis en place, et selon l’attractivité du contenu à proprement parler.

Florence Le Borgne, chef de projet de l’étude souligne que « l’opportunité du développement de services OTT spécifiques se pose naturellement aux ayants droit de contenus premium : soit pour valoriser des contenus peu ou pas exposés en télévision, soit pour générer des revenus supplémentaires, soit pour faire pression sur les distributeurs traditionnels et faire ainsi "monter les enchères" ».

Chaîne de valeur de la distribution de contenus premium et répartition de la valeur par acteur selon le type de distribution :

Chaine-valeur-distribution-contenus-premium-repartition-valeur-acteur-type-distribution

 

Source : IDATE, Les stratégies OTT des ayants droit de contenu premium, Mars 2014

 

Les réponses apportées varient cependant grandement :
- la chronologie des médias, réglementaire ou contractuelle, limite les possibilités pour les ayants droit de fiction de se lancer dans une stratégie OTT agressive, susceptible de concurrencer directement les distributeurs traditionnels qui leur assurent l’essentiel de leurs revenus (salles de cinéma, exploitation DVD, chaînes de TV). Les plus gros studios adoptent des démarches prudentes, s’adaptant aux contraintes et aux spécificités des marchés géographiques. Les indépendants privilégient une distribution OTT via des plateformes existantes, faute de moyens financiers pour organiser eux-mêmes la distribution de leurs contenus en ligne ;
- les ligues et fédérations sportives, non soumises aux mêmes contraintes, ont plus largement investi Internet pour valoriser les droits de retransmission de leurs événements, soit via une plateforme opérée par des tiers pour les disciplines peu médiatisées, soit en direct pour les sports majeurs. Mais là aussi, les ligues et fédérations adoptent des démarches différenciées par pays afin de privilégier systématiquement la couverture TV : plus le sport est présent en télévision, moins le service OTT propriétaire propose de choix. Il est à noter que les ligues de football européennes se focalisent uniquement sur la vente de droits TV.

Une distribution en direct sur Internet ouvert impliquant une désintermédiation d’une partie des acteurs de la chaîne de distribution traditionnelle de ces programmes, les ayants droit pourraient en théorie espérer capter une part bien plus importante du marché final (jusqu’à 92 % de la valeur pour une distribution en direct contre 28 % dans le schéma classique actuel).
Néanmoins, à ce jour, la distribution traditionnelle demeure la plus profitable du fait de l’importance du montant des revenus du marché final de la TV et aucun acteur n’a encore distribué de façon exclusive la part la plus premium de ses contenus. Pourtant, des simulations montrent que pour certaines ligues sportives un passage en "tout OTT" semblerait réaliste et permettrait de générer des revenus équivalents à ceux des droits TV actuels.

Cependant, hormis le risque financier que représenterait une migration "tout OTT" pour les ayants droit et le défaut de compétence en interne dans l’édition de service vidéo, plusieurs barrières peuvent être identifiées :
- les limites de l’accès à Internet haut débit dans certains marchés ainsi que le parc de terminaux compatibles ;
- le cadre légal favorable aux canaux de distribution traditionnels dans certains pays, notamment du fait d’une chronologie des médias d’ordre réglementaire ;
- le niveau de dépendance élevé que pourrait impliquer une ré-intermédiation avec une plateforme Web dominante ;
- la propension des utilisateurs à souscrire autant d’abonnements que de sports suivis sur la base d’une facturation individuelle en lieu et place d’un accès familial.

Aussi, dans le contexte actuel, seule la migration de certains contenus sportifs semblerait réaliste du point de vue des ayants droit (mais pas des chaînes TV). L’organisation de la distribution de la fiction supposerait un profond bouleversement que les différents acteurs de la chaîne de valeur ne semblent pas prêts à accepter.

Chaîne de valeur de la distribution de contenus premium et répartition de la valeur par acteur selon le type de distribution. 

Les perspectives de migration « tout OTT » de quelques ligues sportives :

Tableau : prespectives de migration tout OTT de quelques ligues sportivesSource : IDATE, Les stratégies OTT des ayants droit

Si vous souhaitez vous procurer notre étude, rendez-vous dans notre boutique.

11avr/140

How to meet the broadband needs 
of public safety users?

Frédéric Pujol, Head of the radio technologies & spectrum practice, IDATE

Frédéric Pujol
Head of the radio technologies and spectrum practice, Idate

 

 

In its latest report, part of the Spectrum service, IDATE details existing spectrum allocation for public safety services. It presents the requirements for broadband services and the corresponding spectrum needs of public safety users. The use of commercial LTE networks by public safety users is analyzed and the mobile broadband strategies for PPDR players are evaluated.

Public protection and disaster relief (PPDR) is the general designation given to a range of public safety services broken down into: Day-to-day operations (category ‘PP1’) or routine operations; large emergency and/or public events (category ‘PP2’) for larger events; and disaster relief (category ‘DR’) caused by either natural of human activity. PPDR is not a commercial service.

  • Current non-broadband PPDR systems mainly use the 400 MHz and the 700-800 bands worldwide. Spectrum above 1 GHz supports also a variety of PPDR operations for temporary use only.
  • Regarding spectrum requirements, PPDR users face the challenge of different interests within countries whether or not spectrum should be reserved for PPDR applications.
  • Broadband-dedicated PPDR spectrum is expected to be allocated mostly in the 700 MHz with complementary frequencies below 1 GHz for specific countries (800 MHz) and above 1 GHz (1.4 to 5 GHz frequencies). At 700 MHz, coexistence is mainly with television broadcasting/digital TV and commercial broadband networks in Europe.
  • According to PPDR user groups, a minimum of 2 x 10 MHz for broadband PPDR spectrum should be reserved, similar to what was allocated in the USA. Additional country specific spectrum needs to be calculated.
  • The question of allocating broadband PPDR spectrum through auctions is also being debated.

PPDR services can be provided through dedicated PPDR systems or commercial cellular networks.

  • The challenge is to enhance the LTE and LTE-Advanced standards to meet PPDR requirements. However, in the short term, extended LTE and LTE-Advanced capabilities and standards (Direct Mode, Proximity Services and Group Communications System Enablers, resilience and VoLTE) will not be in operation.
  • Dynamic use of shared broadband PPDR spectrum with predictable QoS is also a key potential capability considered through Temporary Licensed Access (LSA/ASA).

In conclusion, we have identified the following options for PPDR players wishing to get access to mobile broadband capabilities :

1.    Build and run an own dedicated broadband PPDR network
2.    Use a dedicated broadband PPDR network run by a private operator
3.    Use a narrow band PPDR network + MVNO agreement for broadband services
4.    Use a dedicated commercial mobile network or Use a standard commercial mobile network
5.    Use a dedicated commercial mobile network which operates specific PPDR spectrum

Potential candidate bands for broadband PPDR spectrum by region

tableau-Potential-candidate-bands-for-broadband-PPDR-spectrum-by-region

Source: IDATE

More information about "Public Safety Report" study.

27mar/140

VDSL2 – G.Fast – FTTdp : Un nouveau souffle pour le cuivre

CHAILLOU_Valérie

 
 
Valérie CHAILLOU
Head of Research, Telecoms Business Unit, IDATE
 
 

Les perspectives d'implémentation du Vectoring sont ambitieuses puisque selon certains cette solution concernera entre 25 et 30 % des lignes VDSL2 en 2017


Le Vectoring et le Bonding commencent à être déployés dans certains pays, même si les contraintes à la fois techniques et réglementaires ne laissent pas présager un déploiement de grande envergure. Le G.Fast est le prochain standard à l'étude. Le rapport que nous venons de publier sur le sujet le point sur les évolutions technologiques du VDSL2.

VDSL2 & Co : des évolutions technologiques toujours plus prometteuses

L'implémentation du VDSL2 est désormais actée et plusieurs opérateurs ont clairement basé leur stratégie Très Haut Débit sur les infrastructures cuivre pour l’accès final. Si le VDSL permet d'atteindre des débits théoriques voisins de 50 Mbps au plus près du répartiteur ou du sous-répartiteur, le Vectoring, qui consiste à réduire les interférences entre les lignes, permet de doubler le débit à 100 Mbps. Le Bonding pour sa part, consiste à utiliser plusieurs paires de cuivre pour, soit doubler le débit au plus près du répartiteur, soit doubler la distance à laquelle le 50 Mbps est disponible. Mais dans les deux cas, les performances sont très vite impactées par la distance qui sépare l'abonné final du répartiteur ou du sous-répartiteur auquel il est rattaché.
Le G.Fast, qui est le futur standard actuellement à l'étude, prévu pour 2014, propose un débit théorique de 1Gbps, mais les caractéristiques d'atténuation sont encore plus fortes.

Évolution des abonnés VDSL dans le monde entre décembre 2010 et juin 2013
(Millions)

Évolution des abonnés VDSL dans le monde entre décembre 2010 et juin 2013<br />
(Millions)<br />

Source : IDATE

L'implémentation du VDSL2 et de ses évolutions n'est pas massive

Les abonnés à des accès THD basés sur le VDSL2 représentaient, mi-2013, 19 % des abonnés FTTH/B dans le monde. La grande majorité des déploiements a été faite par AT&T aux États-Unis. L'opérateur compte désormais 26 millions de foyers raccordables dans le pays, pour plus de 9 millions d'abonnés. AT&T continue de miser sur ce type de solutions et propose, pour ceux qui sont potentiellement concernés, des offres s'appuyant sur le Bonding.
L'Europe de l'Ouest est le deuxième principal marché du VDSL (35 % des abonnés monde à mi-2013).

Vers un revirement du marché du THD ?

Les atouts du VDSL2 et de ses évolutions sont évidents et portent en premier lieu sur les économies de déploiement. Les opérateurs n'ont pas à déployer la fibre optique de bout en bout et exploitent la partie terminale les réseaux qui existent déjà. Ils économisent en outre l'intervention au domicile des clients, qui est un poste d'investissement (argent et temps) très important.
Les performances proposées par les nouvelles solutions semblent se rapprocher de plus en plus de ce qui est permis avec le FTTH (du moins aujourd'hui), mais dans un contexte de mise en œuvre optimisé. La généralisation de l'offre à l'ensemble des clients potentiels n'est donc pas possible. De plus, dans sa version Vectoring, le VDSL ne permet pas un dégroupage physique de la sous-boucle locale, la seule option de partage du réseau d’accès reste alors l’offre active Bitstream, qui n’est pas toujours souhaitée par les acteurs d’un marché donné (cas de la France, par exemple).

Dès lors, même si les perspectives de développement du marché du VDSL restent optimistes pour les prochaines années, on n'envisage pas un revirement notable de la hiérarchie des accès THD, le FTTH/B demeurant la principale architecture mise en œuvre.

26mar/140

L’édito d’Yves Gassot

GASSOT Yves
 
 
Yves Gassot

Directeur Général, IDATE
 

Télécoms : Grandes manoeuvres en France et en Europe

 
Vivendi a donc choisi d'entrer en négociations exclusives avec l'actionnaire principal du câblo-opérateur Numericable pour céder le contrôle de SFR (deuxième opérateur mobile et troisième opérateur d'accès Internet en France). Une opération qui ferait d'entrée descendre la part de Vivendi dans le nouvel opérateur à 32 % avec des garanties de sortie. Cette option a été préférée à celle proposée par Bouygues Telecom (troisième opérateur mobile et quatrième opérateur Internet), qui aurait conduit à constituer le premier opérateur mobile du pays (près de 50 % des usagers mobiles). Bouygues Telecom avait pourtant anticipé les difficultés à faire accepter cette consolidation dans les mobiles par l'Autorité de la concurrence en négociant un accord de cession de son réseau de 15 000 stations radio au quatrième opérateur mobile, Free (12 % des usagers).

Il est possible que le choix de Vivendi soit celui du désengagement le plus rapide de SFR. L'IDATE compte depuis de nombreuses années SFR et Bouygues Telecom parmi ses membres et n'a pas été associé aux négociations. Aussi nous nous garderons d'aller plus loin dans les commentaires.
Trois commentaires plus généraux peuvent cependant être faits :

• La "guerre des télécoms" qui s'est installée en France ces dernières semaines ne renvoie pas à une phase de jeu de Monopoly ou de mécano industriel. Tout au moins, elle s'inscrit dans un contexte plus large de dégradation sérieuse de l'économie du secteur.

Et malheureusement cette situation, caractérisée par une importante chute des revenus qui pèse sur les marges, le taux d'endettement (à travers le ratio dette/EBITDA) et l'investissement, est générale sur les principaux marchés de l'Union européenne : d'après l'IDATE, les revenus finaux des services télécoms sur les cinq principaux marchés européens ont fondu de 12 % en cinq ans. Si la France a retenu l'attention des analystes ces derniers jours, on attend depuis plusieurs mois les décisions de la DG Competition sur la cession d'O2 à Hutchison Whanpoa en Irlande, et surtout sur celle qui conduirait à la fusion sous le contrôle de Telefónica de 02 et E-Plus (KPN) en Allemagne, premier marché de l'Union.

• La consolidation, qui paraît inéluctable, peut prendre plusieurs formes. Devant les réticences des Autorités antitrust à voir diminuer le nombre des acteurs en concurrence, elle peut s'exprimer à travers des accords de partage d'infrastructures. Pour les mobiles et dans certains pays, ces accords sont anciens et peuvent être très nombreux. On observera qu'ils permettent d'envisager une baisse des charges (CapEx et OpEx) mais ne suppriment pas de compétiteurs. En ce sens, dans une situation de guerre des prix, ils conduisent plus à rendre tolérable la poursuite de la chute des ARPU qu'à stabiliser/reconstituer les marges…

La consolidation a donc tendance en Europe à se focaliser sur la suppression des configurations à quatre opérateurs mobiles (au profit de trois plus les MVNO) telles qu'elles découlent de la vingtaine de licences supplémentaires (même si beaucoup ont disparu ou ne se sont jamais matérialisées) que les pouvoirs publics ont attribuées depuis la 3G-UMTS au niveau européen. Les négociations entre Vivendi/SFR et Numericable illustrent cependant une autre forme de consolidation : fixe-mobile. Celle-ci trouve son fondement à la fois dans le potentiel des offres commerciales de type bundles quadruple play et dans l'imbrication croissante des infrastructures filaires et sans fil à l'heure des small cells et du haut débit mobile. On a vu ainsi récemment le champion européen des mobiles, Vodafone, acquérir Cable & Wireless puis débourser plus de 7 milliards EUR pour Kabel Deutschland.

On ajoutera que cette opération ainsi que celles récentes de Liberty (Virgin Media et Ziggo) ont contribué à faire monter le prix des actifs du câble, ce dont ont su profiter Altice et Numericable, et probablement demain Ono en Espagne. Si le crédit bancaire ne semble pas manquer pour ces opérations, il n'est pas sûr qu'il soit au rendez-vous d'un troisième type de consolidation, les opérations "cross-border" au sein de l'Union européenne. Les synergies sont moins évidentes et la consolidation nationale parait être un préalable avant que les marchés financiers ne soutiennent des stratégies offensives conduisant à l'émergence d'opérateurs vraiment paneuropéens. Le risque étant qu'en retardant les consolidations nationales, la consolidation européenne soit le fait d'acteurs extérieurs.

• Enfin, faut-il choisir entre la santé des opérateurs et l'intérêt des consommateurs ? C'est un peu caricatural. Sans doute faut-il s'assurer que la reconstitution des marges ne se traduit pas par des hausses déraisonnables confortées par des ententes ! Mais d'une part les autorités réglementaires sont en place et expérimentées. D'autre part, les progrès techniques sont tels dans cette industrie que des marges favorables aux investissements efficaces et au renouvellement des équipements constituent les conditions de fond d'une baisse des prix unitaires et de l'amélioration de la qualité.

19mar/140

[ITW] Roberto VIOLA, Deputy Director General European Commission DG CNECT

Published in COMMUNICATIONS & STRATEGIES No. 93, 1st Quarter 2013


Re-thinking the EU telecom regulation

Summary of this issue: It is in a complex environment combining economic crisis, a growing gap between the performances of European operators and those of the US leaders, questions about Europe'sability to meet its objectives in NGA terms ("2020 Digital Agenda targets") and preliminary signs of the appetite of non-European operators to gain a foothold in the markets of the EU, that the Commission announced the publication of its proposal for a "Connected Continent" Regulation to the Parliament and the Council. This was accompanied by a few key reports, which are well represented in this issue of Communications & Strategies. The papers which have been selected provide a deep insight into the issues of European telecom policy addressed in the current "Connected Continent" proposal of the European Commission and that will be at the core of the forthcoming review of the regulatory framework. They are supplemented by two exciting interviews with key personnalities from Deutsche Telekon and the European Commission-DG Connect.

Roberto VIOLA<br />
Deputy Director General<br />
European Commission,<br />
DG CNECT
Exclusive:
Interview with Roberto VIOLA
Deputy Director General

European Commission,
DG CNECT

 

Conducted by Giovanni AMENDOLA,
Head of Relations with International Authorities,
Telecom Italia
& Yves GASSOT
CEO, IDATE-DigiWorld Institute

 

C&S: Could you explain why Mrs. Kroes' draft regulation aims at accelerating the creation of a single market for telecoms?

Roberto VIOLA:
Europe desperately needs to tap into new sources of innovation and growth. Today ICT constitutes half of our productivity growth, and every economic sector today increasingly depends on good connectivity to be competitive: the solution lies in applying the single market philosophy also to the telecoms networks that underpin those connections.
The fact is, European telecom companies cannot afford to remain trapped in 28 national markets; and Europe cannot afford it either. Europeans are enjoying single market freedoms, and telecoms are an increasingly important part of that: as businesses want to use new services like cloud computing, connected cars and mobile health.
If we allow those barriers to remain, we starve the digital economy of the raw materials it needs: connectivity and scale. When supported, the digital ecosystem can grow and create jobs fast; 794,000 were created in the app economy alone in just five years, even with a wider economy in recession. And across the economy, digital tools stimulate business, through higher productivity, efficiency and revenue.
Europe needs to recapture its global lead in ICT – a lead we once had, but lost. The missing link in this digital ecosystem is a telecoms single market. The European single market with 500 million customers will be one of the largest and the wealthiest of the world.

What are the likely characteristics of a single telecoms market in Europe?

A genuine single market in telecommunications is a market that looks at the evolution of internet and data services where consumers and businesses can obtain the best services from any EU operator, where operators can competitively offer services outside their home Member State, and market them anywhere in the EU; and where there are no excessive charges for cross-border communications or for roaming. It is where telecoms companies can have the ambition to expand on a continental scale – and every European benefits from choice and seamless data service. The Connected Continent is the underpinning infrastructure of the future European digital economy.

Do you think that the benefits of national competitive markets can be combined with the benefits stemming from the emergence of pan-European operators?

Our vision is for a dynamic, competitive market where pan-European providers compete alongside regional or local players, more local and more tailored. Such a market will promote competition and increase choice for consumers: with fewer barriers and greater economies of scale, companies will only succeed by offering the best deals at the best prices.
Until now in Europe we have had national markets. The result is significant fragmentation and a lack of dynamism: in particular if you compare Europe with its global competitors. As a result we are losing out on growth and jobs. This is not acceptable any longer. Operators should be able to easily provide their services in any country where they see a market opportunity, without facing unnecessary restrictions – that is what a single market means.

The draft regulation introduces a much more Eurocentric model of regulation based on stronger Commission powers. In addition, the Commission has also stressed that a genuine single market will ultimately require a single EU regulator. Can you explain the new institutional model of regulation proposed by the Commission?

The Commission proposal does not establish new bureaucracy or regulatory bodies at EU level: it levers on the existing bodies and keeps institutional change to the minimum necessary to enable the single market. On Spectrum we would like to increase the role of the Radio Frequency Policy Group as an advisor to the Commission and we want to make sure that Member States enhance their cooperation when assigning and licensing spectrum for broadband applications.
Another important element of our proposal is the enhanced role set out for BEREC in ensuring consistency of regulation.
As we explained in the Communication that accompanied the presentation of the legislation, the enhanced cooperation model we have proposed does not preclude a future review of the regulatory framework, considering all options and selecting the most cost-effective one in light of the market scenario as it then stands. In such a future scenario, it is possible that in a completed genuine single telecoms market we would need tighter links among National Regulators by means of an EU regulatory body responsible both for spectrum and telecom markets in charge of interpreting and implementing a harmonised legal framework. But this is hypothetical; and not covered by the proposal now under discussion.
At the same time, a single telecoms market with lower barriers to entry and more effective competition should over time normally lead to less regulation - shifting responsibility from regulatory to competition authorities as is the case in other economic sectors. Some regulatory tasks will always remain linked to the national or local level. It would therefore be important to assess the possible tasks of an EU regulator, as and when this option might be considered in future.

To what extent could the provisions set out in the draft regulation of the Commission be postponed and taken up in the next Telecoms Package Review?

A fully fledged telecom review is a complex task and it could take years to be completed. Apart from some countries, we witness a very slow development of fast broadband and lack of investment in Europe. We cannot wait for the situation to worsen. As our Commissioner, Vice-President Kroes, has put it: with the economy where it is, with technology where it is, with the rest of the world marching on quickly, we need to act, now, urgently. As we have said on many occasions, this cannot be a piecemeal approach: only the package taken as a whole can bring us towards the single market we need.
In parallel with the work on the Regulation – but not instead of it – we should of course prepare the ground for the next Commission and a future review of the telecoms framework. Indeed in September 2013, we set out how we are preparing such a review, looking at issues like enhancing consistency, a single regulator, the level playing field, and audiovisual convergence. It's right to start preparing for that. Such a review will take time. And we cannot wait that long before acting.

How do you interpret the critical reactions from the BEREC, operators and even a number of governments?

When the proposal was presented there were initial mixed signals, which is quite normal considering the issues at stake. This proposal is designed to have a real impact, it is not a minimum common denominator to make every interest group happy. Some operators favour some aspects but combat hard against others: short termism leads to fighting the end of roaming, for example. But we continue to regard all aspects as integral to the objective, not separable from each other. Besides the telecom providers the reactions from all industrial and service sectors have been generally very positive showing how single market counts for the future of Europe. Also the reaction of the investor community was in general favorable.
The immune system of Regulators is programmed to guarantee stability and to be prudent about change. I remember back in 2007 when many National Regulators were initially opposed very vehemently to the idea of establishing BEREC. An initial critical reaction from National Regulators was to be expected. However in a number of points the opinions of the Commission and of BEREC are convergent.
However many things have changed since the presentation of our proposal. Heads of States and Government in the European Council of October 2013 have welcomed the single market proposal. The Parliament is working very constructively and at full speed towards adopting its opinion on the proposal.
Although in some areas differences of point of view remain, we are now engaging in a constructive dialogue with BEREC which I am sure will bear fruits.

What would you say to telecoms operators who consider that there is too much discrepancy between the very strict sectoral regulatory framework to which they have to submit (ex ante and ex post) and the far less formalised OTT environment?

It is a recurring question but is probably not the right question. Telecom operators are infrastructure providers and "over-the-top" internet players ("OTTs") by definition are not. It's the same difference that you can observe between passenger services and transport industry. The telecom world is becoming data centric. The telecom infrastructures have to evolve towards this new paradigm. For telecoms operators, OTTs are an important driver of connectivity demand and consumption. In other words without OTT's there would not be a telecom industry future and vice versa. Recent trends have shown the increasing interrelation between telecoms operators and OTT's. This trend will be continuing in the future. It is also clear that when analysing competitive pressure all service providers have to be taken into account. What counts is the nature of the service not who is providing it. We also have to recall that there are different kinds of OTT services, not only those competing with transmission and communications services but also those which may fall under the audiovisual media services directive.
Now, it is clear that the close relationship between telecoms and OTT players poses opportunities and regulatory and competition issues that need to be examined carefully, also possibly in a future review of the telecoms framework. These challenges, however, are not confined to this framework, but include other issues that will need to be addressed at European and at the international level.

How do you account for the difference in growth of the telecommunications service market on each side of the Atlantic in the last five years?

Investment, investment and investment! The differential in investment for example in 4G networks is rather remarkable and probably explains it all. The size of the market is also an important element. Fragmentation into small national markets means European telecoms operators have little incentive to expand and reach the scale of some of their American counterparts. We want to enable European telecoms operators to find business opportunities across Member States, and reap the benefits of a market of 500 million consumers.

Do you believe that the Digital Agenda objectives for 2015 and 2020 can be achieved by most of the European countries? Do you also envisage a need to reset the objectives by introducing more ambitious targets?

Having clear targets since the DAE was launched in May 2010 has to enable progress in Europe to be measured. Many national and regional authorities have adopted their digital agenda with the same objectives. In the annual Digital Agenda Scoreboard, we make data openly available so everyone can assess and compare performance and progress country by country.
Basic broadband internet is now everywhere in the EU, but data shows that more effort is needed to achieve the 2020 DAE targets. Fast broadband now reaches over half the population – as 54% of EU citizens have broadband available at speeds greater than 30 Mbps. Internet access is increasingly going mobile - 48% of EU citizens can access the internet via a mobile network from their smartphone, portable computer or other mobile device. However, only 2% of homes have ultrafast broadband subscriptions (above 100 Mbps), far from the EU's 2020 target of 50%. This is very alarming. Before setting new targets we have to use every policy instrument to make sure that we can meet the existing ones. If there is a remedy above all for such an alarming situation then this is called the single market.

Biography

Roberto VIOLA holds a doctor degree in electronic engineering (Dr. Eng.) and a master in business administration (MBA). He is Deputy Director General at European Commission - DG CNECT, with responsibilities for Electronic Communications Networks and Services Directorate, Cooperation Directorate - International and Inter-institutional relations, Stakeholders cooperation, Coordination Directorate - Growth and Jobs, Innovations and Knowledge Base, Media and Data Directorate. Since 2005 to 2012 he has been the Secretary General in charge of managing AGCOM (Italian media and telecom regulator). He has been Chairman for 2012-2013 of the European Radio Spectrum Policy group (RSPG), he was Deputy Chairman for 2011 and Chairman for 2010. He was in the Board of BEREC (Body of European Telecom Regulators). He was Chairman for 2007 of the European Regulatory Group (ERG). He served in AGCOM (1999-2004), as Director of regulation department and technical Director being in charge of, inter alia, regulation in terrestrial, cable and satellite television, frequency planning, access and interconnection of communication services, cost accounting and tariff in telecommunication and broadcasting services. From 1985-1999 he served in various positions as a staff member of the European Space Agency (ESA) in particular, he has been head of telecommunication and broadcasting satellite services.

Published in COMMUNICATIONS & STRATEGIES No. 93, 1st quarter 2014

Contact
COMMUNICATIONS & STRATEGIES
Sophie NIGON
Managing Editor
s.nigon@idate.org

11mar/140

Consolidation des télécoms en Europe

POUILLOT-Didier
 
 
Didier Pouillot
Head of the Telecom Strategy Business Unit
 
 

Consolidation nationale dans le mobile et régionale dans le câble…
en attendant les méga-fusions trans frontières


Dans notre dernier rapport consacré à la « Consolidation des télécoms en Europe », nous livrons notre analyse et notre grille de lecture des conséquences de la dégradation des marchés des services de télécommunications en Europe qui engage les opérateurs à réfléchir à différentes voies de consolidation, en vue de réaliser des économies d'échelle et d'améliorer leurs parts de marché.

Pour Didier Pouillot, Directeur de la business unit Telecom Strategies : « Les récents projets de rapprochements dans les télécommunications en Europe, Hutchison-O2 en Irlande, 02-E Plus en Allemagne et beaucoup plus récemment en France autour de SFR, avec deux candidats à la fusion, Numericable et Bouygues Telecom, traduisent tous l'impérieuse nécessité pour une industrie en proie à d'importantes difficultés financières de se restructurer. Par l'attention portée à leur encontre par les autorités anti trust, ces mêmes projets apparaissent comme des opérations à haut risque pour l'équilibre des marchés.»

C'est donc sous des pressions contradictoires que le paysage se redessine progressivement. Dans sa dernière étude sur la consolidation des télécoms en Europe, l'IDATE, en se basant sur l'expérience récente du secteur dans la région et sur les enjeux auxquelles l'industrie est aujourd'hui confrontée, esquisse les voies de cette transformation, sans doute profonde."

Depuis quelques mois, en effet, l’Europe des télécoms trace les prémisses de ce qui pourrait devenir une véritable vague de consolidation et de rapprochements industriels, dont les premières manifestations remontent à quelques années, et qui semblent s'accélérer depuis la fin de l’année 2012.

Évolution des revenus des services télécoms en Europe (Millions EUR)

Évolution des revenus des services télécoms en Europe (Millions EUR)

Source : IDATE, "World Telecom Markets" (AGR: Annual Growth Rate /Taux de croissance annuel))

Les différents moteurs qui tendent à amplifier ce mouvement sont bien identifiés:
• la dégradation de l'économie des opérateurs face à des marchés sous pression ;
• un paysage industriel relativement atomisé ;
• les besoins élevés de financement pour les réseaux de nouvelle génération ;
• la convergence fixe-mobile ;
• quelques incitations réglementaires, notamment en faveur du partage d'infrastructures.

Mais dans le même temps, un certain nombre de freins ralentissent, voire contrarient, le cours des opérations :
• d'ordre règlementaire également, notamment en ce qui concerne l'anti-trust ;
• la crainte des États de perdre une partie des contributions des opérateurs (impôts et taxes, dividendes des opérateurs historiques le cas échéant) ;
• la crainte de destruction de valeur pour les actionnaires ;
• des montages parfois difficiles à mettre en œuvre sur le plan technique.

Les tendances récentes sur le marché européen ont fait apparaître une multiplication des accords de partage d'infrastructures, des mouvements de consolidation nationale dans le mobile et une consolidation régionale dans le câble. En revanche, les méga-fusions transfrontières ne semblent pas à l'ordre du jour.

Nous pensons que la consolidation sur les marchés européens va se poursuivre et s'étendre progressivement, d'abord vers des formes d'intégration de plus en plus fortes aux plans nationaux, puis élargir leur périmètre vers des mouvements transfrontières, à terme pan-européens.

La question se pose donc de savoir si la vague de consolidations transfrontières prendra la même forme et la même ampleur qu'à l'échelle des marchés nationaux et si les deux phénomènes se développeront en parallèle ou s'ils s'enchaîneront dans le temps. Concernant ce dernier aspect, on s'attend plutôt à ce que la consolidation nationale soit la priorité des acteurs du marché, puisqu'elle paraît dégager des bénéfices plus rapidement et plus facilement que les transactions transfrontières. L'intégration réussie de partenaires, réseaux et organisations, nécessite une attention particulière, limitant le nombre de transactions qu'un opérateur est capable de gérer à un moment donné. En conséquence, selon nous, les opérateurs devraient chercher à réaliser le potentiel de la consolidation nationale dans un premier temps avant de se lancer de façon plus ambitieuse dans les opérations internationales ou paneuropéennes.

Quelles perspectives pour la consolidation ?

Source : IDATE

Les différents types d’opérations ont des résultats opérationnels variables :
• les « partenariats "légers » visant à mettre en commun des services support n'ont, de manière générale, pas rencontrée de difficultés
• le partage d'infrastructures comporte souvent un niveau de difficulté supérieur, qui croît avec le niveau dans le réseau des éléments partagés, du génie civil aux équipements actifs
• les prises de participation et opérations de fusion, enfin, rencontrent des résultats plus aléatoires, du fait parfois des conditions posées par les autorités, mais aussi des difficultés d'anticipation sur les réactions des marchés, du côté de l'offre comme de la demande.

• Plus d'informations à propos de l'étude Consolidation des télécoms en Europe

10mar/140

La musique de plus en plus « sociale »

MICHAUD Laurent 

Laurent Michaud
Responsable de la practice Digital Home & Entertainment 

 

 

Le numérique recompose le secteur de la musique

Le secteur de la musique et principalement son segment du disque a rapidement souffert du piratage au début des années 2000. C’est dans un contexte de crise qu’il s’est progressivement recomposé autour de segments comme l’édition, les concerts, de nouveaux modèles d’usages, économiques et tarifaires (téléchargement, streaming) et désormais au travers de services connexes disponibles indifféremment et simultanément sur toutes plates-formes connectées fixes ou mobiles. Ces changements, s’ils démontrent leur capacité à mobiliser une audience significative, voire parfois massive, et augurent d’une restructuration de l’industrie, n’a pas encore produit des effets qui comblent les pertes accumulées depuis le début des années 2000.

Une dynamique portée par la musique numérique et la multiplication des canaux d’édition

Entre 2011 et 2012, le marché global de la musique enregistrée connaît une croissance de +0.2%, passant de 16.456 milliards USD à 16.481 milliards USD.

Le segment de marché du disque poursuit son lent déclin. Il représente en 2012, 57% du chiffre d’affaires du secteur dans son entier contre 74% en 2008. L’IDATE considère que d’ici 2014, il passera sous la barre des 50%. Entre 2008 et 2012, la musique numérique gagne 13 points et représente 35% du chiffre d’affaires global en 2012. Les revenus de synchronisation (royalties issus de l’usage de musique dans les films, dans les programmes audiovisuels et le jeu vidéo) et des droits de représentation et de diffusion représentent respectivement 2 et 6% du chiffre d’affaires global en 2012.

Par ailleurs le chiffre d’affaires global de la musique numérique enregistre une croissance régulière et s’élève à 5.8 milliards de $ fin 2012. Ce chiffre d’affaires est, au niveau mondial, principalement composé de revenus provenant du téléchargement (71%). Suivent les revenus issus des abonnements illimités (13%), les revenus provenant du mobile (8%), ceux provenant du streaming (7%).

Une restructuration des services musicaux autour des réseaux

La musique s’est donc reconstruite autour de modèles économiques nouveaux et d’usages très largement dopés par la viralité et la massivité des supports existants : appstores, et réseaux sociaux. Il se dégage de ces changements quelques tendances marquantes :

• Le téléphone mobile devient l’outil indispensable pour consommer les produits culturels musicaux, album, vidéo, informations sur l’artiste, dates de concerts en situation de mobilité comme en situation sédentaire en connectant l’appareil le terminal à un station d’accueil… De nombreuses applications ont vu le jour comme Shazam, ou Discovr, ou encore MusicWatch. D’autres vont venir enrichir les services aux audiophiles, qu’il s’agisse de découvrir des artistes et de les écouter (Music Beat), de prendre connaissance en temps réel des dates de leurs concerts (Bandintown), ou de rester informé sur leurs actualités (SongKick).

• La « socialisation » de la musique et la nécessité pour les artistes de voir une communauté se constituer autour de leur univers sont des phénomènes nés de la multiplication des réseaux sociaux et du succès massif des smartphones. Cela se traduit par une proximité nouvelle entre l’artiste et son public, proximité qui se révèle être un facteur de fidélisation. Le second effet est que les publics échangent davantage que par le passé grâce aux réseaux sociaux sur leurs artistes préférés, leurs titres préférés. La capacité des artistes mais également des acteurs qui participent de leur promotion, à faire émerger une dynamique de viralité est aujourd’hui un facteur clés de succès. La socialisation de la musique a également ses canaux de diffusion vidé Youtube, Dailymotion ou Vevo sont également des supports désormais incontournables dans les usages des internautes autant que dans la stratégie des maisons de disques.

• L’artiste devient une marque qui se déploie et se développe sur plusieurs médias. Il se vend, ou est amené à se vendre au-delà de son œuvre musicale. Son image devient au moins aussi importante que sa musique et entre en ligne de compte dans les arguments de vente des produits qu’il inspire. Il crée désormais une communauté et se doit de maintenir cette communauté et d’en convertir une partie à l’acquisition des produits qu’il vend. De même, la prescription communautaire d’un artiste devient un pilier de son succès, ce qui conduit les maisons d’édition à reconsidérer leur stratégie de communication.

7mar/140

Contenus dématérialisés : premiers signes de la maturité des marchés

Florence Le Borgne-Bachschmidt

 

Florence Le Borgne
Responsable de la Practice TV & Contenus numériques

 

Le numérique en passe de devenir majoritaire

La dématérialisation des contenus continue de gagner du terrain. Si la musique et la vidéo sont probablement les deux secteurs dans lesquels la dématérialisation de la consommation est la plus visible, c’est bien l’ensemble du secteur des contenus qui est concerné par ce phénomène.
Au palmarès des contenus les plus dématérialisés, le jeu vidéo se classe premier, suivi par la musique, la vidéo et loin derrière, le livre.

En 2013, au niveau mondial, 51.4% des revenus du marché du jeu vidéo devraient provenir de la vente dématérialisée (sur smartphones, ordinateurs connectés, consoles de salon et portables connectées) et des pratiques payantes en ligne (item selling, abonnements, commissions sur opérations de change). En 2017, cette part devrait s’élever à 68.6%.

Dans le secteur de la musique enregistrée, la part du numérique devrait atteindre 38.4% en 2013, suivi par le secteur de la vidéo dont le chiffre d’affaires lié à la dématérialisation (vente et location) devrait s’établir à 33.8%. En 2017, ils devraient s’élever respectivement à 53.6% et 52.2%.

Le secteur du livre n’est que depuis peu concerné par la dématérialisation de la consommation. Ainsi, au niveau européen, la vente d'ouvrages numériques ne devrait peser que 4.5% en 2013. La pénétration rapide des tablettes dans les foyers soutenant la numérisation de la pratique de la lecture, 21% du marché du livre en 2017 en Europe pourrait provenir de la vente d’ouvrages numériques.

La croissance du numérique commence à compenser la baisse du marché physique

Alors que le numérique est généralement associé à l’idée de destruction de valeur (le marché de la musique enregistrée a perdu 40% de sa valeur entre 1999 et 2012, celui de la vidéo 13% entre 2006 et 2012 après avoir été multiplié par 3.8 entre 2000 et 2006), les premiers signes de stabilisation des marchés se multiplient.

Après un point bas en 2010, le marché de la musique enregistrée a connu une légère reprise en 2011 et 2012 au niveau mondial qui devrait se confirmer en 2013, liée d’une part à un ralentissement de la baisse des ventes de supports physiques et d’autre part à une croissance plus soutenue des revenus numériques (incluant le téléchargement, les abonnements et la publicité générés par les services musicaux principalement).

Dans la vidéo, des premiers signes encourageants se font également jour. Les Etats-Unis voient ainsi leur marché se consolider pour la deuxième année consécutive (+0.23% en 2012 et +0.72% en 2013), grâce à une croissance soutenue du téléchargement définitif (+47.12% en 2013) qui dépasse pour la première fois le milliard de dollars de recettes. Le marché britannique suit la même tendance avec une légère hausse en 2013 (+0.5%), grâce à une croissance soutenue des revenus issus du numérique (+40.2%) et une progression de 10% des dépenses en Blu-ray.

Sur le marché du livre, la France, qui se caractérise par un faible taux de dématérialisation (seulement 4.4% du chiffre d’affaires de l’édition en 2013), le marché total commence à s’éroder (-1.2% en 2012 et -1.3% en 2013) alors que le marché britannique continue de progresser (+4.9% et +2.5% aux mêmes dates) malgré un marché du livre physique en régression (-4.7% en 2012 et -5.5% en 2013). Le démarrage plus précoce du livre numérique au Royaume-Uni se traduit par une large adoption des pratiques numériques et un taux de dématérialisation important (27.5% en 2013) ; la croissance des ventes d’ouvrages numériques compense ainsi la faiblesse des ventes d’ouvrages physiques.

S’il est encore trop tôt pour conclure que le numérique est désormais en mesure d’apporter un relai de croissance au marché des contenus, ces éléments positifs dans une économie globale en berne apparaissent néanmoins porteurs d’espoir.