6jan/170

Que veulent faire AT&T et Verizon en investissant dans les contenus ?

Gassot-Yves

Yves Gassot,
Directeur général, IDATE DigiWorld
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Le marché des services télécoms aura connu finalement en 2016, dans les pays occidentaux, une situation assez médiocre : une tendance à la stabilisation en Europe après une chute continu des chiffres d’affaires depuis 2008 sur les principaux marchés, et une tendance globale au recul des revenus du mobile aux Etats-Unis, en rupture avec la dynamique qu’avait su préserver AT&T et Verizon jusqu’en 2015. Dans ce contexte, les opérateurs européens sont naturellement sensibles aux mouvements stratégiques des deux grands leaders US, notamment vis-à-vis de l’industrie des contenus : que veulent faire AT&T et Verizon en investissant dans les contenus ?

Se préserver du bypass par streaming  vidéo en remontant la chaîne de valeur jusqu’à la production. La vidéo étant devenu le principal vecteur du trafic (sur réseaux fixe et mobile), ils ne peuvent se contenter de distribuer des chaînes ou des programmes de tiers, surtout si ces acteurs se lancent dans l’auto-distribution et que la Net Neutralité est respectée. Cette stratégie s’apparente aux mouvements classiques d’intégration verticale.

Derrière cette stratégie finalement plutôt défensive, il peut y avoir une approche plus agressive : jouer totalement la carte OTT en s’affranchissant  de leur footprint (et des Capex associés à un élargissement continu du nombre de homes passed) et en allant chercher la clientèle sur tous les réseaux fixes/mobiles d’accès à l’Internet (et pas seulement celle qui est sur ses pipes). C’est là une vraie diversification puisque la connectivité physique devient secondaire.

Au-delà de ces perspectives, il faut avoir en tête la situation d’AT&T et de Verizon sur leurs marchés. Les deux groupes font face à un ralentissement brutal de leur croissance essentiellement portée par les mobiles depuis 10 ans, tandis qu’ils jouent un rôle secondaire sur le marché résidentiel fixe très largement dominé par le câble. Avec peu de perspectives attrayantes d’investissements à l’international et jusqu’alors (Administration Obama) un antitrust qui leur interdit des opérations de croissance sur le marché mobile domestique, les deux opérateurs, encore très puissants, ont de réelles raisons à s’intéresser aux contenus pour maintenir leurs résultats et les dividendes qu’ils versent aux actionnaires. Mais c’est là que les approches semblent différer.

En schématisant volontairement, un dirigeant de Verizon expliquait récemment qu’AT&T voulait prendre des parts du marché de la TV actuelle tandis que Verizon s’intéressait au marché de la vidéo qui sera porté par les millennials… Autrement dit, plutôt que d’acheter très cher des assets qui risquent d’être dépassés par les nouveaux modes de consommation de la vidéo, Verizon préfère construire patiemment une compétence dans l’économie de la data qui sous-tendra la consommation de vidéo (notamment les revenus en croissance de la publicité programmatique). Ce qui est sûr, c’est que les sommes engagées par AT&T pour l’acquisition de DirecTV et (sous réserve d’un accord de l’Administration Trump) de Time Warner sont infiniment plus élevées que celles avancées par Verizon pour AOL, Huffington, OnCue, plusieurs autres start up (Vessel) et probablement, Yahoo ! Il est difficile aujourd’hui de dire pour autant ce qui est le plus risqué.

Quels liens avec le débat sur la Net Neutralité ?

La future Administration Trump n’a pas caché son hostilité radicale à la Net Neutralité (jusqu’à revoir le classement des ISP dans le Titre II du Telecom Act). A priori cela réjouit les telcos qui sont largement restés hostiles à la réglementation mise en place par l’Administration Obama ; ils peuvent au minimum considérer comme acquis, avec la nouvelle administration, le droit d’offrir des contenus, notamment sur les réseaux wireless, en mode Zero rating à l’instar des offres de T-Mobile (Binge On), de Verizon (Go90) et d’AT&T (DirecTV Now).

Au regard des deux points précédents que pourrait-il se passer avec l’abandon ou l’assouplissement de la Net Neutralité ?

On pourrait estimer que si la Net Neutralité est supprimée, le risque de by-pass par des offres vidéo (chaînes et SVOD) en streaming est relativement sous le contrôle des opérateurs. Est-ce que cela va jusqu’à annihiler leur intérêt pour un investissement dans les contenus ? Pas obligatoirement, les exclusivités peuvent demeurer attractives et donc utiles pour se démarquer de la concurrence. Mais les  gros opérateurs qui peuvent amortir l’acquisition de droits sur des dizaines de millions d’abonnés, peuvent s’engager avec la perspective d’être moins challengés par les groupes de télévision et les géants de l’OTT.

Mais dans le même temps, la suppression de la Net Neutralité peut rendre plus difficile la carte d’une stratégie OTT sur les réseaux des opérateurs tiers…

Enfin n’oublions pas les autres effets possibles de la nouvelle Administration à Washington :

- si l’impôt sur les sociétés baissent (passant de 35% à 20%, voire 15%), le cash flow d’AT&T et Verizon va se trouver gonfler de 5 à plus de 8 milliards USD…

- dans le même temps la rigueur de l’antitrust qui avait interdit successivement les opérations de fusion AT&T/Sprint et Sprint/T-Mobile, devrait très significativement s’adoucir en ouvrant de nouvelles perspectives de M&A ;

- dès lors, la consolidation pourrait mettre un terme à la dégradation des résultats d’AT&T et de Verizon sur le mobile et rendre moins pressant leur repositionnement sur l’industrie des contenus.

On est donc, à l’orée de 2017, devant un jeu de conjectures assez ouvert…

 

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15déc/160

Future TV 2025 : Qui sera le gagnant ?

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Jacques Bajon,
Directeur de la Business Unit "Media et Contenu Digital", IDATE DigiWorld
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Le secteur de l'audiovisuel connaît une stagnation relative, probablement durable, qui va engendrer de nombreux défis pour les acteurs de l'écosystème. Si Internet est la cause principale de ces évolutions, c'est un ensemble de faisceaux qui est à l'oeuvre.

 

Dans son rapport « Future TV 2025 », IDATE DigiWorld présente ses scénarios de l’évolution du marché et du paysage stratégique pour les dix prochaines années, A partir d’une analyse de l’évolution de l’environnement marché et de la nouvelle donne concurrentielle :

Evolution environnement marché

Des choix réglementaires structurants : confirmation de la neutralité du Net, rapprochement des obligations des services linéaires et non linéaires, réforme de la territorialité des droits.

Une croissance mondiale hétérogène : les marchés émergents tirent la croissance.

Un rôle croissant de l’IT dans la distribution vidéo avec la "centralisation" par le cloud, la croissance du streaming, le rôle croissant joué par le traitement des données des consommateurs.

Une personnalisation de plus en plus marquée de la consommation vidéo, à la demande et multi-écran ("TV as a service").

La nouvelle donne concurrentielle

Avec un monde Internet de plus en plus présent, les acteurs pure players s’imposent rapidement sur le marché, accentuant le phénomène de désintermédiation des acteurs établis.

Le contenu est plus que jamais roi et sa détention devient cruciale, d’où une concurrence accrue sur le contenu premium exclusif qui fait s’envoler le prix des droits, et l’apparition de nouveaux financeurs de la production originale.

On assiste également à une phase de concentration s’opère sur le marché (horizontale comme verticale), notamment impulsée par la restructuration du marché des opérateurs télécoms et la recherche du contrôle du contenu.

De nouvelles formes de monétisation apparaissent ainsi dans un environnement sous tension baissière, sur le péage avec la bipolarisation entre premium et low-cost ou le rôle des bundles de services, le développement de la publicité programmatique et des modèles freemium.

Le scénario tendanciel : une croissance attendue du marché mondial de 2.4% par an en moyenne d’ici 2025

Le scénario tendanciel est construit sur la poursuite des tendances 2010-2016. Dans ce scénario, les grands déterminants sont stables. La consommation à la demande de services audiovisuels continue de progresser sans déstabiliser le marché du linéaire. Le statu quo réglementaire permet de conserver une approche locale des marchés. Finalement, nous assistons à une montée en puissance progressive des acteurs OTT.

Scénario tendanciel

Ce scénario correspond à une croissance molle du marché mondial, de 2.4% par an en moyenne :

• Une croissante portée avant tout par les pays émergents.

• Des marchés d’Europe de l’Ouest et d'Amérique du Nord qui stagnent.

• Un environnement de marché en pleine évolution

Quatre scénarios envisagés

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Trois autres scénarios ont été envisagés, chacun étant favorable à un type d’acteur particulier :

Scénario « Convergence » : Dans le scénario de convergence, les offres bundlées médias-Internet-télécoms sont la règle. Elles permettent d’obtenir de meilleurs tarifs et offrent une panoplie complète de services TV linéaires et à la demande, ainsi que des offres de musique ou de jeux. La consommation multi-écran, fixe et mobile, est favorisée par un (ou un ensemble) d’opérateurs assurant une connectivité permanente de l’offre de services.

Scénario « Rupture » : La personnalisation de la consommation vidéo est devenue la règle dans le scénario de rupture, avec des goûts des consommateurs plus homogènes au niveau mondial. Les barrières à la distribution de contenus au niveau mondial sont tombées, ainsi que les règles de contenu local. Des acteurs mondiaux maîtrisant les droits sur les contenus ont pu apparaître. Les acteurs leader d’Internet (e-commerce, plateformes virales ou réseaux sociaux) prennent un rôle central, avec un mélange de contenus premium et UGC professionnalisés. Le marché en valeur est sous tension au sein d’un secteur vidéo OTT oligopolistique au niveau mondial.

Scénario « Syndication » : Le scénario de syndication est le plus coopératif et le plus favorable au monde TV. De même que les stations de télévision locales sont, aux États-Unis, affiliées aux "networks" nationaux, les groupes de télévision pourraient s’affilier en/à des grands "opérateurs de divertissement" nationaux et régionaux, s’appuyant sur le tronc commun de contenus qu’ils fournissent, et apportant en contrepartie l’expertise marché, la relation aux annonceurs nationaux, la programmation locale, leurs marques et leurs clients. Cette transformation s’opère dans l’univers broadcast comme OTT.

Pour découvrir nos estimations et les nouveaux scénarios TV, découvrez notre dernier rapport

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15déc/160

The Changing Landscape of Advertising, interview with Tim SCHUMACHER

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"The Changing Landscape of Advertising : from traditional to digital"
DigiWorld Economic Journal n°104

Interview with Tim SCHUMACHER
Chairman & Co-Founder, Eyeo GmbH

Conducted by Florence LE BORGNE - BACHSCHMIDT, IDATE DigiWorld

DW Economic Journal: Eyeo GmbH is the owner and operator of "Adblock Plus", the leading open source software which allows users to block or filter the ads they accept to see, with more than 500 million downloads since 2006. Beyond that, Eyeo aims at making the Internet better for all parties, by encouraging true innovation and non-intrusive ad standards and a better user experience. Could you provide an overview on Eyeo's project?

Tim SCHUMACHER: Eyeo's mission is to empower users for a free web. To do that we offer a wide range of products and services that keep the power with the user and create fair compensation for content creators. For instance, as part of Adblock Plus, we offer Acceptable Ads[1], which is our compromise to better, more user-friendly ads. We help advertisers and publishers to integrate Acceptable Ads into their websites. In September we launched a new way for medium-sized publishers to whitelist ads more efficiently.

We are also working on an independent Acceptable Ads committee[2] which is planned to be in office early 2017. The committee is going to consist of representatives from different interest groups within online advertising, such as members of the ads industry, nonprofit and consumer groups, and also thought leaders. By making Acceptable Ads independent, we have already been able to spread our vision of granular, nuanced ad blocking to other ad blockers who have adopted it.

We are also going to launch a stable version Flattr Plus[3] shortly which is at the moment in beta test. Flattr Plus is a service through which users can easily reward the content they like. We believe that some users are eager to pay a small amount to support their favourite websites, articles or videos.

The joint vision of our projects is to empower users' rights, while protecting and improving the ability to make money for content creators.

 

The great paradox of online advertising is that without Internet ads, there is barely any free online content. To what extent do you feel that the general mass understands this paradox, and what is your stance on spreading this knowledge to the users?

Most users agree on the fact that pop-ups, autoplay videos and blinking banners are intrusive. So what can advertisers do to make their ads acceptable for users? Adblock Plus started as a hobby project in 2006 that blocked all ads, but as downloads skyrocketed Adblock Plus wanted to create a more sustainable approach. In 2011 we developed the Acceptable Ads initiative, a novel approach that empowers users while keeping the Internet free. We established Acceptable Ads because we don't believe complete ad blocking is the right way. The web needs advertising, and the purpose of the initiative is to find advertising formats that even ad-blocking users will accept.

In the course of our research we asked thousands of users, we talked to advertisers and created the Acceptable Ads criteria[4], which users can either activate or deactivate in their extension. Most users actually don't deactivate Acceptable Ads, because they are aware of the fact that advertisements on the web keep their content free.

 

At a period when the use of big data is key for understanding the consumer, Eyeo also proposes tools enabling users to decide which company they share data with. Various surveys suggest that users (especially the younger generation) are willing to accept some advertising (and thus share their data) in exchange for online contents, as long as these ads are not intrusive and/or annoying. Does the analysis of your software tools users back up such survey suggestions?

We do not collect our users' data, thus we don't have any behavioural data of our users.

We have done a lot of research though, for example a big research with HubSpot[5]. There we found out that 83% of users agree it's just the obnoxious ads they want to avoid, 77% want to filter rather than block.

 

In September 2016 you announced the Acceptable Ads Platform, which in a nutshell shows users advertising which has been "deemed acceptable", irrespective of installation of Adblock Plus. How do you manage to convince websites' publishers, ad networks and advertisers to join this platform? What guarantee do they have that they will not lose ad revenue or that their ads will actually be seen by users?

The Acceptable Ads platform[6] is for publishers and website owners to easily integrate Acceptable Ads into their pages with just a single tag. Users that have activated Acceptable Ads in their extension will then see these ads. Please note that all other users see the ads the website owner initially integrated, and that this is merely a technically easier way to join the Acceptable Ads initiative – under which the exact same criteria still apply. We have talked to many publishers and advertisers and most are on the user's side, willing to make better ads. As the whole procedure is scalable publishers can only gain revenue with our solution.

In fact, in just 24 hours over 1,000 publishers signed up for it, so we are eager to start beta-testing this new implementation of the pre-existing Acceptable Ads initiative.

 

Staying on the subject of acceptable ads, what is "acceptable" will likely be different from user to user. How then, can advertisers provide better user experience and higher revenue for publishers? Will the next step be to pay users for accepting to share their data or to see ads?

I don't think users will have to start sharing their data. The next step in finding what "acceptable" is for more people and improving the entire programme in Acceptable Ads Committee. This committee will determine what is acceptable and what is not at the end of this year, and several user groups (nonprofit groups, academics, user agents) will sit on it. So I think we've got that covered.

Otherwise, what we've found is that most users are willing to accept ads which make use of certain criteria, like those we deemed acceptable. These criteria[7] rely on size, placement and labelling regulations.

Apart from these criteria we believe that ads have to be respectable and well integrated into the content. Publishers do not have to collect user data in order to accomplish this task. The key is to make ads that add value for the user.

 

Over the past few years, uptake of ad blocking on the mobile seems to have grown sharply (as opposed to the fixed). Could you shed any light on why the mobile has suddenly become the mainstream for ad blocking?

I would not call mobile ad blocking mainstream just yet, but it's gaining popularity. The main reason for the increasing popularity is for example intrusiveness of ads, which is especially annoying on the smaller display of mobile devices. Other reasons are saving data; reducing page load speeds; privacy and security. While recent reports claim there are massive numbers of mobile ad-blocking users in Asia, putting the grand total at 419 million worldwide (!) North American and European users do not block ads on their phones in significant numbers. I think this will change in 2017 as people discover ad blocking browsers on their phones and tablets.

 

In the "big picture" of digital advertising, the giants Google and Facebook dominate the market. How much of an influence do these players have on ad blocking, and what expectations do you have on them going forwards?

Historically, both Google and Facebook have actually been very thoughtful and careful about user experience, one of the key factors which made them strong. Google's founder Larry PAGE for example just recently said as part of an analyst call "Part of it is the industry needs to do better at producing ads that are less annoying and that are quicker to load, and all those things. And I think we need to do a better job of that as an industry.", and we fully agree.

Facebook on the other hand has made some recent strange moves when it announced that it would start trying to circumvent users[8] with ad-blocking software and show them ads. This is an unfortunate move, because it takes a dark path against user choice. But it's also no reason to overreact: cat-and-mouse games in tech have been around as long as spammers have tried to circumvent spam filters. In the long run, we have some trust in Facebook to at some point put the user first again, and stop behaviours like that.

 

More generally, how do you see the future prospects of digital advertising? Eyeo is fighting against annoying and low quality ads, but do you have the impression that the weight of ad blockers now pushes the ad agencies to be really more innovative? Have you identified any interesting, catchy new formats?

Absolutely! All the recent initiatives, for example IAB's "LEAN Ads" initiative or the "Coalition for Better Ads" which just recently formed at DMEXCO conference and includes many of the best and biggest advertisers and publishers in the world. None of this would have happened if users hadn't ‘voted with their mice' and told corporations that they were fed up with annoying advertising online. So as much as we're proud of helping with this, we really have to thank our users.

 

Tim SCHUMACHER co-founded and was the longtime CEO of the publicly traded company Sedo AG (sedo.com), which currently has revenues of 130m Euros per year and maintains approximately 350 employees. Since 2012 he has dedicated his professional career to the German start-up scene, acting both as business angel and mentor for young companies with economic potential. His current start-ups, among others, are Eyeo/Adblock Plus, Aklamio, Stuffle and Ecosia.


[1] https://adblockplus.org/acceptable-ads

[2] https://acceptableads.com/en/committee/apply

[3] https://flattrplus.com/

[4] https://adblockplus.org/acceptable-ads

[5] https://adblockplus.org/blog/how-to-resolve-the-ad-blocking-dilemma-new-research-from-hubspot

[6] https://acceptableads.com/

[7] https://adblockplus.org/acceptable-ads

[8] https://adblockplus.org/blog/oh-well-looks-like-facebook-just-got-all-anti-user

15déc/160

Marché des télécoms en Europe : « Zero rating »

Gassot-Yves

Yves Gassot,
Directeur général, IDATE DigiWorld
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Ce serait la première fois depuis 2008 que ce marché ne serait plus en déclin.

 

Le marché des services de télécommunications en Europe semble, d’après le récent rapport ETNO-IDATE, se stabiliser (EU-28), voire retrouver une très légère croissance (Europe élargie) sous réserve des résultats du dernier trimestre.  Tandis que, pendant cette dernière décennie, la dynamique nord-américaine contrastait avec le recul de l'Europe, la situation s’est inversée avec un marché outre-Atlantique très proche de 0 en combinant le recul de près de 1 % des mobiles sur les trois premiers trimestres et le maintien d’une légère croissance sur le fixe, portée par les câblo-opérateurs.

Croissance annuelle des revenus des services télécoms (ETNO, % )

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Dans cette situation assez médiocre sur les marchés occidentaux, malgré un remarquable succès auprès des clients de la 4G, la monétisation de l’accès mobile paraît osciller entre deux grandes options.

- Après un premier temps marqué par des offres illimitées, les opérateurs (arguant des risques de congestion) se sont orientés vers la fourniture de plusieurs niveaux d’abonnements selon la consommation de données. La pratique courante a été d’inciter les consommateurs de plus en plus actifs sur leur smartphone ou tablette à choisir un cap supérieur tout en faisant baisser le prix du Go. L’âpreté de la concurrence rend toutefois difficile cette approche pour échapper à une tendance déflationniste, notamment sur les marchés où les paramètres de différenciation de qualité ne paraissent pas jouer un rôle déterminant.

- Dès lors, on a vu les opérateurs se tourner vers la fourniture de services de contenu, notamment en zero rating, soit au titre d’accords avec des fournisseurs tiers (Vodafone, T-Mobile), soit avec leurs propres contenus (AT&T, Verizon) . C’est un élément de différenciation qui peut distinguer l’opérateur de ses pairs, pour autant que les contenus soient attractifs.

Mais certains voient là des occasions de relancer le débat sur la neutralité du Net. Où est le problème ? C’est bien sûr un avantage pour le consommateur. Mais les opposants au Zero rating raisonnent ainsi. Si le fournisseur du service a payé l’opérateur, on peut anticiper un risque de détérioration de la diversité et de l’innovation du secteur des applications au profit des plus gros acteurs, à même de financer leur accès au marché. Si le fournisseur de service appartient à l’opérateur (ou est contrôlé par lui), on identifie une discrimination si seul ce service bénéficie de ces conditions. Le problème est qu’il y a débat pour savoir si ces deux anticipations sont fondées, nécessitent une régulation ex ante particulière, et si surtout elles entrent dans le cadre de la neutralité du Net. L’administration indienne a interdit à Facebook de proposer un ensemble d’applications de base (dont son réseau social) gratuitement aux abonnés des opérateurs mobiles du pays. Le président Wheeler, pourtant à l’origine de l’'Open Internet Order' (qui a été jusqu’à reclasser les FAI dans le régime des common carriers du Titre II du 'Telecom Act') a été jusqu’alors très prudent sur le zero rating,  en considérant qu’il fallait prendre le temps d’observer le phénomène. Certes, la nouvelle administration américaine va modifier la FCC et tout le monde s’attend à ce que le 'Open Internet Order' soit remis en cause.

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14déc/160

Telcos’ Customer Experience Management: La révolution des données et des innovations technologiques

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Sophie Lubrano,
Directrice d'Etude, "Strategies Telecom" Business Unit, IDATE DigiWorld
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L’expérience client relève tout d’abord de ses usages du réseau et de leur qualité perçue, mais également de ses interactions avec les différents services de l’entreprise (commercial, assistance, administratif) quel que soit le canal de communication client.

On parle de CEM, Customer Experience Management, pour désigner les programmes mis en place afin d’améliorer l’expérience

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Un chantier complexe mais indispensable

Dans un contexte de saturation de marché, la prise en compte de l’expérience client devient essentielle pour les opérateurs afin de fidéliser leurs abonnés. Cependant, les opérateurs télécoms sont en retard par rapport aux autres secteurs, et notamment par rapport aux acteurs OTT.

Un CEM élaboré s’appuie sur la centralisation de toutes les informations des clients : données d’abonnement, historique des contacts avec l’opérateur, mais également usage des réseaux, géolocalisation, et aussi commentaires sur les forums. Ce chantier considérable est loin d’être mis en place chez les opérateurs télécoms, qui arrivent parfois difficilement à concilier leurs bases d’abonnés fixes et mobiles (Verizon étant typiquement un cas de fonctionnement en silo pour le fixe et le mobile, avec deux entités clairement séparées).

L’expérience client implique également un changement culturel dans l’entreprise, où chaque employé doit être au service du client, ce qui implique un chantier managérial conséquent. L’implication de la direction générale y est essentielle.

L’expérience client intègre des technologies de plus en plus pointues

La digitalisation des canaux de communication monte en puissance, y compris dans les boutiques (bornes interactives, fonctions click & collect) et les centres d’appel (communication via messagerie ou chat pour les agents).

Afin de minimiser les coûts, les opérateurs mettent en place des solutions automatisées de plus en plus intelligentes : agents virtuels basés sur l’intelligence artificielle pour les sites Web, serveurs vocaux interactifs avec reconnaissance vocale dans les centres d'appel. Les opérateurs peuvent puiser dans les outils technologiques développés par les géants de l’Internet : data analytics, predictive analytics, profiling, event processing, authentification biométrique mais également intelligence artificielle, chatbots, machine learning, et même blockchain.

Mais le paramètre humain reste indispensable et différentiant

Les sites Web proposent des possibilités de chat, et les réseaux sociaux sont en développement. Les forums utilisateurs proposent une solution intermédiaire idéale, à la fois humaine et peu coûteuse.

Face à la concurrence des opérateurs low-cost, les grands opérateurs font monter en gamme leurs boutiques dans une logique d’expérience client, afin de fidéliser et d’élargir la gamme des services souscrits, en particulier les objets connectés.

Les chantiers d’innovation : réseaux sociaux, mobile et offres personnalisées

Les réseaux sociaux représentent également un nouveau moyen de communiquer entre l’opérateur et l’abonné. Ils constituent également une mine d’information à exploiter afin d’ajuster au mieux les messages et les offres à chaque client.

S’il est clair pour les opérateurs que le mobile représente un lien essentiel entre l’opérateur et l’abonné, les applications mises en place par les opérateurs rencontrent un succès mitigé. Le mobile constitue un chantier d’innovation considérable pour les opérateurs, qui peuvent mixer les données d’usage et la géolocalisation pour proposer des offres personnalisées et contextuelles, et même se positionner comme tiers de confiance.

L’enjeu déterminant du CEM consiste à intégrer les données issues des différentes interactions du client avec l’opérateur et avec ses réseaux sociaux. Leur analyse grâce aux outils d’analytics permettra aux opérateurs d’adresser les clients avec des offres personnalisées, répondant et anticipant leurs besoins, tout en déchargeant les canaux de communication traditionnels (et plus coûteux). En particulier, la mise au point d’offres contextuelles selon l’usage (par exemple l’offre de Vodafone s’adressant aux abonnés faisant du ski à l’étranger) représente un sentier de croissance encore peu exploité.

Ce processus pourra également être mis au service d’autres objectifs : l’optimisation des déploiements des réseaux à partir d’une analyse fine des usages des réseaux ; la valorisation des données d’expérience client – intégrant notamment la géolocalisation –, qui pourront être revendues à des tiers.

Pour aller plus loin à propos du Management de l’expérience client , découvrez notre dernier rapport

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17nov/160

L’innovation numérique en Afrique : la singularité des modèles de développement

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Didier Pouillot & Sophie Lubrano , IDATE DigiWorld
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Face au défi de la digitalisation des gouvernements, de l’économie, et des individus, l’Afrique innove avec des modèles spécifiques de développements s’appuyant sur les dernières technologies.

L’Afrique présente des singularités qui façonnent un modèle de développement original. Tout d’abord, le faible pouvoir d’achat dans la plupart des pays a favorisé un marché low-cost, tant sur les services que sur les terminaux mobiles, dans un modèle pré-payé ; la migration vers les services de données pourra se faire dans cette même logique, avec des offres d’entrée de gamme tarifées au volume. A terme, la classe moyenne en développement permettra de sortir de la logique low-cost avec des offres à valeur ajoutée.

Par ailleurs, la région a pu bénéficier de la mise en place des dernières technologies dans une logique leapfrog, avec notamment l’usage des technologies sans-fils pour l’accès ; elle pourrait également profiter à terme des technologies innovantes telles que les constellations (drones, ballons, micro-satellites) pour desservir les zones rurales. Enfin, l’Afrique a su développer des services innovants, notamment dans le domaine financier (avec le succès bien connu de l’e-money), de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Ajoutons également les services d’entertainment, avec les pôles de production audiovisuelle déjà bien établis mais également les premiers pôles de jeux vidéo.

Ainsi, l’Afrique a vu émerger une filière numérique, avec la création de hubs technologiques, d’incubateurs de start-ups, de réseaux d’échange et de collaboration au niveau régional, avec le support des gouvernements locaux et des leaders internationaux du numérique.

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Pour aller plus loin  avec les derniers rapports d'IDATE DigiWorld
World Telecom Services Market: Trends & Analyses, July to December 2015 – Jan. 2016
World LTE market & MBB spectrum: Markets at June 2015 & Forecasts to 2019
World FTTx market: Markets at December 2015 & Forecasts to 2020 – Jul. 2016
Telco investment challenges: CapEx dynamics – Dec. 2015

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17nov/160

5G will be here by 2020: What will that really mean in Japan, South Korea and the United States?

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Frédéric Pujol, Head of the mobile services, IDATE DigiWorld
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Europe’s future society and economy will rely heavily on 5G infrastructure. The impact will go far beyond existing wireless access networks, with the of having faster communication services that are available everywhere, all the time.

 

5G is a real opportunity for the European ICT sector, which is already well positioned in the global R&D race. 5G technologies will be adopted and deployed globally in line with the needs of developed and emerging markets.

While many of the technical aspects attached to 5G are scaling up globally, requirements analysis for key vertical sectors is progressing rapidly. The emergence and deployment of 5G technology is likely to trigger innovation in the industry, thus leveraging sustainable societal change.

There is a vision for 5G to become a stakeholder-driven, holistic ecosystem for technical and business innovation, integrating networking, computing and storage resources into one programmable and unified infrastructure. In addition, thanks to real-time and larger traffic volume capabilities, 5G is expected to enable the transport of software to the data rather than the other way round, i.e. executing software on the device where the data are produced instead of sending all data to a centralised datacentre – thereby paving the way for new opportunities in the cloud computing market, where European companies could gain a significant market share.

In the long run, it will not be enough to explore the requirements of vertical industries, and a proper analysis will also need to be conducted of market trends to sense new, upcoming technology, especially from companies outside the industrial mainstream. Potentially disruptive technologies typically go widely undetected by the established industry, but clearly have a real potential to become engines of significant technical change and innovation. Unanticipated 5G features are likely to emerge from future technological, legal, societal and socio-economic considerations

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DELVE DEEPER WITH THE FOLLOWING IDATE DIGIWORLD MARKET REPORTS

World LTE market & MBB spectrum: Markets at June 2015 & Forecasts to 2019 Players - Technologies - CapEx – Pricing – Dec. 2015
Key outcomes from WRC-15: Four years to pave the way for the future of telecoms, Feb. 2016

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15nov/160

Blockchain & Financial market transformation: The challenges and opportunities of FinTech for the financial industry

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Bertrand Copigneaux
Senior Consultant, IDATE DigiWorld
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Banking has long represented a big market for IT and digital technologies. It is probably one of the sectors that has invested the most in information technologies over time, for retail banking activities, and more recently for risk control systems to ensure compliance with banking and finance regulations.

More recently, however, digital innovation in this sector has been overtaken by the explosion of FinTech. Hundreds of start-ups have demonstrated the potential to innovate and transform the banking and finance as we know it. In light of recent events, several areas of innovation have emerged from the development of FinTech, either in competition or partnership with veteran banking industry players.

Every corner of the financial sector is affected, from payment solutions, to credit and lending activities faced with crowdsourced alternatives, the use of blockchains and cryptocurrency-based solutions, to the emergence of high frequency trading, big data analysis solutions and AI roboadvisors.

These technologies are disrupting the finance ecosystem, and paving the way for new players, and new business models. They also open up opportunities for the industry to transform itself and become more efficient and profitable.

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DELVE DEEPER WITH THE FOLLOWING IDATE DIGIWORLD MARKET REPORTS

Blockchain, Oct. 2016
Mobile Payment: The state of the industry, amid new stakes, Apr. 2016

 

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15nov/160

Ultra-Fast Broadband Public Policies Does any one country provide a model of reference?

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Pierre-Michel Attali & Nicolas Moreno, IDATE DigiWorld
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Europe 2020, the key document in Europe’s growth strategy for the coming years, published by the EuropeanCommission in May 2010, unveiled the objectives of the Digital Agenda for Europe (DAE).

 

One of the main questions concerns the efficiency of the different national plans (technological approach, funding, regulation…) which have been designed to achieve the objectives of the DAE.

National programme objectives in sync with the Digital Agenda for Europe

With the exception of France, whose coverage objectives are two years behind Europe’s, and Sweden which does not have specific time-related targets, many national plans are in line with DAE coverage objectives. Most European countries have also set additional targets, in most cases to achieve more ambitious UFB objectives, either in terms of connection speeds (France, Italy) or time frame (Germany, Sweden).

Currently disparate landscape

The disparate coverage levels in European countries cannot be attributed to any single factor, but rather to a combination of demographics, technological choices and the strength of private investment. Each European country has established a public policy (objectives, technologies) based on its own situation and features. These national plans are vital but in themselves not enough to achieve complete superfast coverage, or nationwide ultrafast 100 Mbps coverage down the road.

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DELVE DEEPER WITH THE FOLLOWING IDATE DIGIWORLD MARKET REPORTS

World FTTx market: Markets at December 2015 & Forecasts to 2020,July 2016
Digital Agenda Europe, Europe (EU-28) at the end of 2015, July 2016
Public policies for UFB, Benchmarking 7 countries in relation to the Digital Agenda for Europe, June 2016
Telco investment challenges, CapEX dynamics, Dec. 2015

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13nov/160

Keynote: Trust in the Digital Age

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Interview avec : Ramon Fernandez,
Directeur Général Délégué, Directeur Financier et Stratégie Groupe, Orange

"La confiance est un atout essentiel dans un monde toujours plus numérique et complexe"

Pourquoi parle-t-on tant de la confiance aujourd’hui ? 

Peut-être parce qu’elle est devenue une denrée rare ! Nous traversons une crise de la confiance, qui est globale et s’étend à toute la société au-delà de l’économie. Aujourd'hui, en Europe et dans notre industrie, de nombreuses personnes ne font pas confiance aux acteurs de notre écosystème dans l'utilisation des données personnelles qu’ils partagent pourtant au quotidien. De plus en plus de services sont totalement dématérialisés. Nombre de très grands acteurs digitaux ne sont pas présents dans le monde physique, n’ont pas pignon sur rue, et une part croissante de la relation client est assurée par des robots…Si les données sont le carburant de notre monde digital, la confiance, elle, est incontournable pour réussir dans la durée.

La notion de « tiers de confiance » - souvent  entendue au sujet des opérateurs télécom a-t-elle encore un sens ? 

Plus que jamais, dans le monde digital qui est le nôtre, nous opérons dans un environnement de plus en plus ouvert, fragmenté, toujours mouvant. Il devient alors de plus en plus important de bénéficier de points de repères. Avec l’émergence des acteurs digitaux, la confiance s’établit au travers de repères nouveaux et évolutifs, elle devient distribuée : par exemple un ensemble d’avis d’autres utilisateurs pour un loueur d’appartement sur Airbnb ou de voiture sur Drivy, ou encore l’algorithme à la base du blockchain… Plus qu’un « tiers de confiance » à proprement parler, les clients sont à la recherche d’un véritable ‘partenaire de confiance’. Orange souhaite jouer ce rôle.

Comment le projet de banque mobile d’Orange s’articule-t-il avec ce positionnement de « partenaire de confiance » ?

C’est sur la base du « capital confiance » construit dans la durée auprès de ses millions de clients dans le monde qu’Orange peut aujourd’hui être légitime pour gérer l’argent de ses clients. C’est aussi sa crédibilité en termes d’innovation qui fait d’Orange un acteur attendu pour proposer une nouvelle expérience de la banque entièrement mobile. C’est enfin l’opportunité de capitaliser sur l'expérience accumulée en Afrique avec nos 20 millions de clients Orange Money. Il y a donc une certaine logique pour Orange à lancer ses propres services bancaires ce que nous faisons en partenariat avec Groupama.

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